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Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 9 décembre 2019

Nouveaux coups paisibles du brigadier : BERLIN 33

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CRÉATION Théâtre La Reine Blanche
TEXTE : Sebastian Haffner / TRADUCTION : Brigitte Hébert / ADAPTATION : René Loyon / Conception : Laurence Campet, Olivia Kryger, René Loyon / JEU : René Loyon / Son : Hervé Le Dorlot / Lumières : François Luberne





Le livre témoignage de Sebastian HAFFNER Histoire d’un Allemand, souvenirs 1914 -1933 dont est tirée l’adaptation en monologue par René LOYON de la 2ème partie, consacrée à l‘année 1933 et l’accession au pouvoir d’Hitler, a bien failli sombrer dans les oubliettes .
Ecrit en 1938 à Londres où l’auteur fuyant le nazisme s’était exilé, le livre ne fut pas publié. Ce sont ses héritiers découvrant le manuscrit après sa mort qui décidèrent sa publication en 2000.

A travers ce témoignage, nous découvrons avec effroi la terrible solitude d’une majorité silencieuse allemande complètement dépassée par la montée du nazisme, littéralement prise au piège par l’idéologie fasciste.
Sebastian Haffner était à l’époque un jeune étudiant en magistrature, aussi insouciant que l’on peut l’être à son âge. Issu d’une famille bourgeoise, il n’avait pas de souci matériel et il n’avait pas de raison de s’inquiéter des discours antisémitiques – monnaie courante – qui ne le concernaient pas, n’étant pas juif lui-même.
La vérité c’est que comme nombre de ses concitoyens, il n’avait pas pris au sérieux la possibilité de la venue au pouvoir d’Hitler. « Je vivais dans la même apathie que des millions d’autres personnes, je laissais venir les choses. Elles sont venues » confesse-t-il.
L’araignée tueuse a d’abord inoculé son venin sourdement, puis elle a resserré sa toile de façon stratégique, étouffant au fur et à mesure et impudemment toute velléité de résistance.
Tous les individus étaient fichés à partir de questionnaires auxquels ils devaient obligatoirement répondre. Sebastian Haffner raconte comment son propre père a dû se soumettre au questionnaire, pour éviter le pire. Il était âgé, il n’avait pas le choix, mais il n’a pas survécu à la dépression morale qu’a entraîné l’effondrement de toutes ses valeurs.

Il y a urgence nous dit René Loyon « à faire entendre la parole vive de Sebastian Haffner ». L’auteur ne se ménage pas lui-même. Il analyse les situations, sur le double plan extérieur et intérieur, qui l’ont conduit à s’exiler par instinct de survie morale.
Son témoignage a valeur de « lanceur d’alerte » aussi bien pour lui-même, car il s’agit aussi d’une introspection, que pour tous ceux qui refusent de tolérer les valeurs de l’extrême droite qui s’appuie selon LA HORDE sur 5 piliers idéologiques : le racisme, le sexisme, le nationalisme, le traditionalisme et l’autoritarisme.
Nous le savons, l’extrême droite n’agit pas forcément à visage découvert. Elle entend aussi rassurer ses ouailles, avec des arguments sécuritaires et identitaires destinés à faire croire que l’ennemi ce sera toujours l’étranger qui vole le pain au bon français. En période de crise économique et de chômage, ce qui était le cas en Allemagne en 1933, ses discours font recette auprès d’électeurs qui n’imaginent pas le danger qu’elle représente pour la démocratie.

La mise en scène est austère. René LOYON invite les spectateurs à se pénétrer du témoignage de Sebastian HAFFNER, d’autant plus dense et instructif qu’il est proféré d’une voix très posée et très calmement à la hauteur d’une voix intérieure, celle dont il ne faut jamais se débarrasser même à l’extérieur, notre petite lueur de conscience.

Paris, le 8 Décembre 2019
Evelyne Trân

Théâtre La Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences - 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris- du 20 nov. au 29 déc. 2019 mercredi, vendredi, dimanche : 19h - Relâches les 08 & 25 décembre 2019.
PAR : Evelyne Trân
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