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Chroniques du temps réel
par Evelyne Trân le 7 juin 2022

Mais de quoi as-tu l’air ?

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Portrait d’Adama TRAN

Comment imaginer que son propre visage puisse être porteur d’une histoire, j’allais dire l’Histoire avec une grand H. Mais même les oiseaux, les chiens, les escargots portent les traces d’époques disparues et nous ne nous étonnons pas de voir des plantes venues d’ailleurs, d’Orient, d’Extrême Orient ou d’Afrique se côtoyer dans nos jardins publics. Alors les humains ?

Ce n’est pas une histoire de race, allons-nous être racistes aussi avec les plantes ? Si nous nous intéressons à l’origine des plantes, des arbres exotiques c’est aussi avec un secret sentiment d’émerveillement. Comment ont-elles réussi à s’acclimater à la terre française et de quels continents nous parlent-elles ? Si elles nous impressionnent n’est-ce point parce qu’elles nous transportent dans des contrées inconnues où leurs ancêtres ont vécu. Faut-il donc comparer les plantes aux humains ?
J’ai longtemps cru que mon visage n’était qu’une carte postale. Il ne me disait rien et je n’avais pas envie de savoir. J’ai ignoré pendant très longtemps que j’étais d’origine asiatique. Je savais seulement que mon père venait d’ailleurs, d’un pays lointain, le Vietnam mais je ne faisais pas le rapprochement avec moi-même. Un jour un camarade m’a traitée de « sale chinoise ». c’est à ce moment-là que j’ai su.
L’Asie, je ne la recherche pas sur mes traits. Ce sont les autres qui la remarquent. Adolescente, je ne pouvais m’empêcher de bondir aux remarques d’un prof qui faisait allusion à mes caractéristiques asiatiques. Parce que je ne me considérais pas asiatique du tout ni même française d’ailleurs. Est-ce qu’on se préoccupe de nationalité ou de patrie lorsqu’on est enfant ? J’étais, un point c’est tout.
Mais comment affirmer son identité face à des gens qui ne peuvent s’empêcher de vous considérer différente de ce que vous êtes. A vrai dire j’ai fini par en prendre mon parti. Comment aurai-je pu prétendre être asiatique ne connaissant rien de l’Asie et étant de culture française ? Fallait-il que j’affirme être française alors que mes traits niaient mon appartenance à la terre française ? Le sentiment d’être étrangère parmi les autres a fini par me séduire. N’importe comment, une petite douleur subsiste en moi. En arrière-fond, face à un nouvel interlocuteur je m‘interroge sur sa façon de me percevoir. Faut-il que mon apparence m’éloigne que je le veuille ou non de mon identité réelle ? Il fallait donc que je m’intéresse à d’autres asiatiques pour savoir ce que cela signifiait être asiatique. Mais la vérité c’est que le regard de l’autre m’a renforcée dans le désir de distance vis-à-vis de toutes les étiquettes.
J’ai choisi le mot paysage qui rime avec visage. Et tous les visages alors se sont mis à me parler, enfants, adultes confondus. Je ne pouvais m’empêcher de les trouver tous intéressants tellement j’étais ravie de leur diversité. Je le suis toujours et ramener l’impression que je peux avoir d’une personne à son pays d’origine, sa nationalité, sa profession, son rang social me parait tellement réducteur !
Certes les clichés ont la vie dure et je dois en abuser comme tout le monde mais j’aime toujours l’idée qu’une personne s’abandonne lorsqu’elle se laisse regarder parce que le regard de l’autre lui offre une sortie, un horizon. C’est donnant, donné. Et la plupart du temps seuls les enfants ne craignent pas d’être observés car eux-mêmes ils ont le regard grand ouvert, surtout très jeunes, ils ne veulent pas perdre une miette du spectacle de la vie.

Cette réflexion toute personnelle est un préliminaire à un compte rendu d’une lecture en espace des Mémoires invisibles (ou la part manquante) de Paul Nguyen, un auteur, metteur en scène, comédien, franco-vietnamien qui a eu lieu au Musée des Arts Asiatiques de Nice, le 4 Juin 2022. A suivre …

Le 7 Juin 2022
Evelyne Trân
PAR : Evelyne Trân
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