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Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 11 octobre 2020

Double visite du brigadier

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2 pièces sur le thème des violences conjugales




HEDDA
de Sigrid Carré-Lecoindre -Mise en scène et interprétation Lena Paugam
Dramaturgie Sigrid Carré-Lecoindre, Lucas Lelièvre, Lena Paugam
Création sonore Lucas Lelièvre
Chorégraphie Bastien Lefèvre
Scénographie Juliette Azémar
Création Lumières Jennifer Montesantos

Voix ou voie intérieure mise à nu sans d’autre réceptacle que la douleur, ce serait méchant de dire que le personnage d’Hedda cultive la douleur. Mais il y a des terrains, des huis clos, ceux qu’entretiennent des couples qui favorisent les poussées de fièvre quand l’intimité ou la fusion entre deux personnes dégénère en hostilité, faute de respiration, faute de pouvoir aller voir ailleurs.
Au-delà de la dénonciation des violences conjugales, la pièce de Sigrid Carré-Lecoindre parle de l’incommunicabilité entre les êtres, des rapports de domination affectifs qui finissent par créer de tels nœuds qu’à la fin même si cela ne casse pas, le foyer de souffrance qui s’est installé envenime les relations.
Le personnage d’Hedda, timide, qui intériorise aussi bien le bonheur que la cruauté de la vie d’un couple interpellera nombre de femmes mais aussi des hommes. Ce n’est pas une question de sexe. Ceux qui ne peuvent répondre à la violence par la violence sont-ils condamnés au silence ?
Il s’agit d’un témoignage de femme inspiré d’Hedda Nussbaum, accusée par son mari d’avoir tué sa fille adoptive et dont le procès fit scandale aux États-Unis dans les années 80. Ses défenseurs la présentèrent comme victime de violences physiques et psychologiques exercées sur elle par son mari. Elle a écrit en 2005 un livre Surviving Intimate Terrorism.
Alors que personne ne crie dans cette pièce, que nous ne voyons pas les coups portés par l’époux sur sa femme, les spectateurs sont amenés à se demander comment Hedda et l’homme qu’elle aime en sont arrivés à ce point de non-retour.

Tournée : Mardi 3 novembre 2020 Scène nationale de l’Essonne - Evry (91)
Dimanche 7 mars 2021 Théâtre d’Etampes (91)
Vendredi 2 avril 2021 Théâtre Le Rayon vert - St-Valery-en-Caux (76)
Du 6 au 8 avril 2021 Théâtre de Verdun (55)





Les Ecchymoses Invisibles
Drame de Djamel Saïbi
Compagnie La Déesse Compagnie
Mise en scène Djamel Saïbi
Avec Emma Dubois et Eric Moscardo

Scènes de la vie conjugale, nous voilà bien loin de l’univers d’Ingmar Bergman dans cette pièce de Djamel Saïbi qui pourrait servir de pièce à conviction dans un procès soit de divorce soit de condamnation d’un homme pour harcèlement moral de son épouse.
Les spectateurs assistent d’une part au monologue d’une femme terrorisée par son mari et ce après 24 ans de mariage et d’autre part à des scènes de ménage où la brutalité de l’homme s’exerce de façon abjecte vis à vis de sa femme avec une violence verbale insoutenable.
A priori l’homme a tellement l’habitude de traiter sa femme comme une domestique qu’il ne se contient plus. La personne qu’il a en face de lui n’est plus une femme mais un paillasson, un objet de défouloir, méprisable.
La femme sous l’emprise d’un homme qu’elle a aimé, est d’autant plus vulnérable qu’elle n’a pour miroir qu’une image dépréciée d’elle-même.
Il faut imaginer les conditions d’existence de toutes ces femmes durant des siècles, prisonnières de l’autorité d’un mari, économiquement et moralement puisque considérées comme des êtres inférieurs.

Cela laisse des traces dans la mémoire et même les hommes les plus évolués inconsciemment peuvent avoir des réflexes machistes.
Le dogme de la bonne épouse, la bonne mère, aux petits soins de son mari, rôde toujours dans les cervelles.
C’est ce que met en évidence ce docufiction à travers le personnage de Michel dont le comportement totalement primaire frôle la caricature.
Mais la réalité peut dépasser la fiction. L’auteur des Ecchymoses invisibles s’appuie sur des témoignages. C’est brutal mais cela a force de résonance. Réveillez-vous les femmes, ne vous laissez pas faire. Si l’homme qui est en face de vous, est aussi odieux que le personnage de la pièce, prenez votre courage à deux mains, réagissez ! Quant à votre cher mari, il devra changer de disque et réfléchir un peu !
Les comédiens interprètent ce psychodrame avec conviction. La scène du Théo théâtre étant assez étroite, on se croirait dans un ring et si on a l’idée de s’identifier aux personnages, attention aux coups !

Du 10 Octobre au 19 décembre 2020 Samedi 19h sauf le 24/10, 14/11, 05/12 au Théo Théâtre 20 Rue Théodore Deck 75015 Paris.

Eze, le 11 Octobre 2020
Evelyne Trân







PAR : Evelyne Trân
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