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Chroniques du temps réel

par Hélène • le 18 octobre 2026
Paris, la manif confisquée
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Comme d’habitude, le métro est fermé à République. Nous sortons à Goncourt, à une station de la Place de la République. Nous sommes très nombreux, des gens sur les trottoirs et sur la chaussée de la rue du Faubourg du Temple, comme une manif ! Mais impossible d’atteindre la Place de la République : des lacrymos plein la gueule. Il est 13 h 30. La manif était appelée à 14 h. Alors nous faisons le tour à quelques rues de la Place pour nous rendre à la librairie Publico. Nous repartons avec nos drapeaux dans la foule très serrée de jeunes, impossible d’entrer sur la Place par le boulevard du Temple, par la rue Turbigo, par l’avenue de la République ou le boulevard Voltaire. La foule est tassée, les uns avancent vers la Place, puis repartent faute de pouvoir y pénétrer. Un sas enfermant ainsi les manifestant·es. Au bout d’un moment, chacun, chacune s’arrête et discute avec celles et ceux qui sont à proximité.
Mais où est le cortège ?
Il a été constitué à l’Ouest de la Place de la République, boulevard Magenta, pour se rendre Place de Clichy. Puis les flics, policiers et gendarmes, ont fermé la Place de la République. Pourquoi ? Parait-il qu’il y avait trop de monde dès 13 h, alors l’ordre a été donné de ne plus laisser rentrer personne. Une tension terrible, des jeunes surtout mais avec aussi des moins jeunes bloqués, de plus en plus nombreux, serrés les uns les autres, pendant que les forces du désordre lançaient sans cesse des tirs de grenades lacrymogènes. Alors les affrontements ont commencé : avec des jets de projectiles, notamment des pavés, des véhicules ou des poubelles incendiés, même des barricades vite montées, des magasins pillés... Sont visés la caserne de la Garde républicaine, un magasin de sport, une voiture prend feu sur la Place, que faisait-elle là ? Une ambiance d’émeute, « on dirait la guerre » nous dit une femme d’une soixantaine d’années. Des colonnes de fumée montent dans le ciel ensoleillé : cela finit par cacher le soleil durant de nombreuses heures. Deux canons à eau prennent place, ailleurs la BRAV-M continue en vain de circuler.
Même à la librairie Publico, l’air devient irrespirable tant les lacrymos pénètrent la boutique. De nombreux jeunes viennent se réfugier un petit moment pour du sérum, pour un mouchoir, ou se laver les yeux et utiliser les toilettes. Dans la rue Amelot, un feu dégage une fumée très noire, les pompiers arrivent, acclamés par les manifestant·es, comme le sont aussi tous les camions du SAMU à chaque intervention. Vers 18 h, devant la réelle menace de pillage de la librairie, on tire le rideau métallique.
La responsabilité incombe à la Préfecture de Police
Face aux multiples dégradations, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, comme d’autres maires de grandes villes, interroge sur l’enchainement des événements ayant abouti à cette situation. À Paris, la responsabilité incombe à la Préfecture de police qui a ordonné la fermeture de la Place de la République scindant ainsi en deux ce qui aurait dû être un cortège, bloquant les dizaines de milliers de jeunes à rejoindre la manif ! Et en gazant sans arrêt ! Au total, les autorités font état de plus de 110 000 personnes dans les rues de Paris ce samedi 17 octobre. Nous pouvons estimer le double. Au-delà du secteur de la Place de la République, il y avait des manifestant·es dans tout le Marais, sur la place de la Bastille, sur celle de la Nation, sur les Champs Elysées, sur la rue de Rivoli, etc. Et ce malgré les motards de la BRAV-M qui contrôlent y compris les sacs à dos ou la pertinence des slogans, et qui verbalisent sans hésiter et interpellent.
Une colère débordante !
Parmi les slogans sur les pancartes ou scandés, notons : « Qui sème la misère, récolte la colère », « Il faut faire des efforts ? Bernard Arnault d’abord ! », « La jeunesse emmerde le Rassemblement national », « Tout le monde déteste la police », « 1312 », « On n’a rien à perdre que nos chaînes », « Ni État, ni fachos, ni police », « Qui nous protège de la police ? La police nous prothèse ! ACAB », « Vive la Commune de Paris », « On est jeunes et cons mais pas sans convictions », « On a révisé l’histoire, on connait la suite », « Pouvoir aux masses populaires », « Touche pas à mon gosse », « Mère en colère » et même « RƎVOLUTION ». Ce qui révèle une dynamique d’unité de revendications répondant notamment au mot d’ordre de la vie chère, ressentie par une grande partie de la population bien au-delà des Gilets jaunes, et s’inscrivant dans la continuité du mouvement lycéen, les Gilets jeunes. Mais aussi une dénonciation des violences policières.
Hélène
Groupe Pierre Besnard
PAR : Hélène
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