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par René Berthier le 29 mars 2020

COVID-19 vs fondamentalistes protestants

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L’accession de Donald Trump au pouvoir est largement due au soutien que lui a apporté le mouvement évangéliste, un mouvement qui nie la science. Cela remonte à l’époque où Robert Lewis Dabney (1820-1898), calviniste, pasteur presbytérien, par ailleurs théoricien de l’esclavage [note] , s’en prit à la science, la qualifiant de “théorie de l’incroyance”. C’est dans ce mouvement également que se trouve le plus gros des négationnistes du changement climatique, dont les membres se définissent comme “républicains religieusement conservateurs”. Certains dirigeants fondamentalistes chrétiens qualifient la science de l’environnement de “culte du Dragon vert”.




On comprend donc à quel point le déni de la science et de l’esprit critique influence les prises de position du président des États-Unis par rapport au coronavirus. Un des dirigeants évangélistes, Guillermo Maldonado, a exhorté ses fidèles à ne pas respecter le confinement : "Croyez-vous que Dieu amènerait son peuple chez lui pour être contagieux avec le virus ? Bien sûr que non"
Un autre dirigeant fondamentaliste, Rodney Howard-Browne, a qualifié de “tapettes” les gens que le virus inquiète et qu’il ne fermera les portes de son église que lorsque le “ravissement” [rapture] aura lieu, c’est-à-dire lorsque le Christ ressuscitera et emmènera les croyants au ciel.
Un pasteur de Louisiane, Tony Spell, déclara dans un sermon qu’on allait distribuer des mouchoirs oints aux personnes qui sont malades ou qui ont peur, et que cela les guérira.
Du point de vue des fondamentalistes protestants, les divergences politiques sont le reflet de la bataille du Bien absolu contre le Mal absolu, le “parti de la vie” contre le “parti de la mort”. Il va de soi que dans ces conditions l’examen des faits, du contexte, la mise en œuvre d’une politique fondée sur les conclusions de scientifiques n’entrent pas en ligne de compte. Seul un sauveur charismatique peut sauver les Justes.
Pour les fondamentalistes protestants, le coronavirus n’est qu’un élément d’une stratégie, dont l’ Impeachment (la destitution) de Trump a été une des étapes pour renverser Trump.
Alors que le gouverneur de la Louisiane avait interdit les rassemblements de plus de 50 personnes (et que Trump lui-même avait fini par déconseiller les groupes de plus du 10 ! ) , le révérend Tony Spell organisa des services religieux de plus de 1 000 personne dans des églises bondées, affirmant qu’il n’y avait pas de risque pour sa congrégation parce que le prétexte du virus était “politiquement motivé”. Selon le pasteur, sa congrégation ne risquait rien du COVID-19 parce que son église était un “hôpital” :
“Notre église est un hôpital où les malades peuvent venir se faire soigner", aurait dit M. Spell pendant le service. "Les cancers sont guéris ici, les gens sont guéris du VIH dans ces services, et nous croyons que ce soir, nous allons aussi distribuer des mouchoirs oints à des personnes qui peuvent avoir peur, qui peuvent être malades, et nous croyons que lorsque ces mouchoirs oints seront distribués, cette vertu de guérison va aussi les atteindre.” [note]

Les mauvaises langues diront sans doute que l’une des principales raisons pour lesquels les pasteurs fondamentalistes ne veulent pas fermer leurs églises se trouve dans le fait que les collectes faites lors des grands rassemblements que sont leurs offices constituent une source essentielle de revenus…
Trump a longtemps insisté sur le fait que le virus était une affaire politique, que c’était un “nouveau canular” [hoax] inventé par les Démocrates [note] .
Les fondamentalistes protestants ont pris soin que le gouvernement reste entre les mains de personnes incapables de faire les bons choix. Alex Azar, secrétaire du Ministère de la santé et des services sociaux, a joué un rôle décisif dans la mauvaise gestion de la crise. “Peut-être se souviendra-t-on de lui pour avoir établi une “Division de la Conscience et de la Liberté religieuse” destinée à permettre aux prestataires de soins médicaux de refuser des soins à certains patients en raison de leur conscience religieuse.” (Katherine Stewart)
Alex Azar est membre d’un “groupe d’études bibliques” auquel participent plusieurs membres du gouvernement Trump. Alors qu’il fait partie d’un courant d’idées qui nie la science, il est un partisan convaincu de l’industrie pharmaceutique dont il fut un lobbyiste. C’est aussi un opposant à l’IVG et un partisan de l’abstinence dans l’éducation.
L’organisation “Planned Parenthood” (planning familial) avait annoncé qu’elle allait poursuivre Valerie Huber, la responsable du Ministère de la santé et des services sociaux qui avait fait la promotion du programme du gouvernement en faveur de l’“abstinence uniquement”, y compris la mise en œuvre de l’abstinence dans le cadre des programmes de prévention de la grossesse [note] .
Ce que Alex Araz n’a pas apporté, évidemment, “c’est une capacité notable à gérer une pandémie”, commente Katherine Stewart, qui évoque également Ben Carson, le secrétaire au Logement et au développement urbain, membre du groupe de travail de la Maison Blanche sur le coronavirus et lui aussi sponsor du groupe de réflexion sur la Bible auquel appartient Alex Araz...
Ce Ben Carson est un neurochirurgien pédiatrique, ce qui semble avoir été suffisant pour le qualifier sur les questions de logement. Ce Carson a affirmé qu’il n’y avait aucune objection à ce que les “personnes en bonne santé” assistent à l’un des rassemblements de campagne à grande échelle de M. Trump.
Les dirigeants fondamentalistes protestants, que K. Stewart désigne sous l’appellation de “nationalistes chrétiens”, ont martelé pendant des décennies leur opposition à tout programme gouvernemental et fiscal, en se fondant sur une argumentation théologique. Un dirigeant du Family Research Council (Conseil de recherche sur la famille), l’un des principaux groupes militants de la droite chrétienne, alla jusqu’à décréter comme “antibibliques” la distribution aux pauvres de bons d’alimentation et autres formes d’aide gouvernementale.
Il semble que ces gens-là n’aient pas trouvé dans les Évangiles les passages (peu nombreux, à vrai dire) où il est question de charité, notamment la première épître aux Corinthiens, chapitre 13.
“Il est juste de souligner que les échecs de l’administration Trump dans la pandémie actuelle sont au moins autant imputables à son idéologie économique qu’à ses penchants religieux. Lorsque le soi-disant secteur privé est censé avoir la réponse à tous les problèmes, il est difficile de traiter efficacement le problème très public d’une pandémie et de ses conséquences économiques. Mais si l’on examine les racines politiques de la croyance en la privatisation de tout ce qui est vital, on constate que le nationalisme chrétien a joué un rôle majeur dans la création et la promotion des bases économiques de la réponse incompétente de l’Amérique à la pandémie.” (Katherine Stewart, loc. cit.)
Un “gouvernement pieux” est un gouvernement réduit à l’extrême.
Ultralibéral, en somme.

R.B.

NOTES
1 Dabney disait que l’esclavage était “bibliquement juste” et s’opposa aux écoles publiques. Dans les années 1870, il a écrit qu’il était injuste de taxer les Blancs “opprimés” pour fournir “une prétendue éducation aux mômes des pauvres noirs”. Il rejetait “la théorie yankee de l’instruction publique d’État” et le gouvernement démocratique lui-même, qui interférait avec la liberté du Sud.
PAR : René Berthier
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