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Dans un sale État
par Groupe Ici et Maintenant de la FA le 5 octobre 2020

Manif et répression en Belgique

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Quelles leçons tirer de la manifestation “La santé en lutte” ?

La Fédération anarchiste est présente en Belgique avec le groupe "Ici et Maintenant". Nous publions ci-dessous un de leurs articles. A retrouver sur leur blog



La manifestation du 13 septembre dernier à Bruxelles pour un refinancement massif du secteur de la santé est subitement revenue sur le devant de la scène médiatique deux semaines plus tard. Non pas que le contenu des revendications ait trouvé soudain un nouvel écho. C’est bien au contraire la forme que la manifestation a prise au travers de l’intervention de la police qui pose problème. Revenons sur les faits !

Au mois d’avril 2020, en plein confinement dû au Covid-19, le collectif « La santé en lutte » lance un appel au rassemblement qui aura lieu après l’été. Suite à des coupes budgétaires successives durant les dernières législatures, le personnel de la santé entend dénoncer la dureté de ses conditions de travail, amplifiée par la crise sanitaire de ces derniers mois et soudainement révélée au grand jour par la surmédiatisation des effets du coronavirus. Durant cette période, il n’est pas inutile de rappeler que les travailleuses et les travailleurs des soins de santé sont présentés comme des « héros » sur le front de la crise, soutenus au quotidien par des applaudissements.

Nous sommes la deuxième semaine de septembre et le grand jour approche. Le collectif s’active sur les réseaux sociaux pour faire circuler une pétition à l’attention de Philippe Close, bourgmestre de la ville de Bruxelles, qui entend interdire tout rassemblement au nom des mesures sanitaires. L’autorisation de manifester est finalement accordée, moyennant quelques règles (pas de cortège mobile, regroupement des manifestants par bulles de 400 personnes et port du masque obligatoire avec distance physique).

Dimanche 13 septembre, 13h00. Un soleil estival chauffe chaleureusement la place de l’Albertine et le Mont des Arts. De nombreux collectifs bien identifiables par leur banderole convergent au son de cris et de chants. Quelques militants, dont des anti-masques, distribuent des tracts aux personnes rassemblées dans l‘attente du début de l’événement. Nous rejoignons un groupe d’une vingtaine de personnes tout de noir vêtues et reconnaissables aux quelques drapeaux noirs arborés fièrement. Un cortège se forme alors et se met lentement en marche sur le boulevard de l’Empereur, scandant des slogans au rythme des percussions. Dans une ambiance festive, les manifestants battent le pavé. Mais le cortège est subitement contraint à l’arrêt quelque 100 mètres plus loin au niveau de la rue des Alexiens. Un important cordon policier, avec casques et boucliers, renforcé de nombreux véhicules, empêche tout passage, badauds et touristes compris. Le cortège à l’arrêt, le carrefour se transforme alors en lieu de fête. Des manifestants dansent au rythme des tambours. Certains lancent des slogans dénonçant la marchandisation de la santé. Tandis que d’autres font gentiment face aux policiers déployés en formation. Après une petite heure d’une confrontation feutrée, les manifestants reprennent le chemin du Mont des Arts où se donnent quelques discours de clôture par des camarades du secteur soignant. La foule se disperse alors, tranquillement. Certains profitent encore du soleil bien présent pour boire un verre et discuter de l’événement. S’il n’y a pas eu de signal officiel, chacun sent que c’est la fin et pense doucement à prendre le chemin du retour. C’est alors qu’un important effectif policier se met en place, avançant en formation serrée vers la place de l’Albertine, bousculant de leur bouclier passants et manifestants, vociférant un mélange de consignes données entre policiers et d’injonctions froides adressées aux gens. Rapidement, deux cordons de policiers en combinaisons antiémeutes, soutenus par d’autres en civil matraques à la main, scindent le Mont des Arts et la place de l’Albertine. Des véhicules et une autopompe sont en position. Parmi les manifestants, la surprise est générale, aussi grande que l’incompréhension. La manifestation prenait fin pourtant… À quoi bon ce déploiement soudain ? Certaines personnes désirent traverser la rue. Elles sont froidement prises à partie. Une rumeur circule disant que la police laisse partir le personnel soignant et vise les « gauchistes ». La tension monte. Elle est palpable. Des chants à l’encontre de la police se répondent de part et d’autre du cordon. « La police déteste la santé » ; « Nous avons soigné ta mère, ton père et ta femme » ; « Tout le monde déteste la police », etc. Sur le Mont des Arts, la police nasse les occupants. Alors que le mouvement se disloquait, marquant une fin des évènements assurée, la police a soudainement redynamisé les ferveurs. La foule s’est faite à nouveau plus dense. Et une question se partage parmi toutes et tous : pourquoi une telle provocation des flics ? Je retrouve certains camarades perdus plus tôt. Ils ont été témoins d’arrestations violentes plus loin dans le centre de Bruxelles. Plaquages, matraquages, arrestations arbitraires. Un camarade a été pris en charge par les « street-medics », la tête ensanglantée. Tandis qu’au Mont des Arts la police se retire soudainement après une demi-heure de confrontation. Un repli aussi soudain que son arrivée qui alimente cette impression que la police voulait en découdre.




Le lendemain, la presse se fait écho d’un rassemblement de 4000 manifestants (voire 7000 selon les sources) qui s’est déroulé sans heurt, dans une ambiance festive. Puis c’est le silence radio dans la presse officielle.

Sur les réseaux sociaux, c’est un autre son de cloche. Des témoignages et des photos circulent, attestant d’une violence policière arbitraire et aveugle en marge de la manifestation. Près de deux semaines plus tard, ce sont des images diffusées par LN24 qui poussent Philippe Close à réagir et à écarter le commissaire Vandersmissen le temps d’une enquête interne. Dans un même temps, la presse relaie des récits de violences policières partagés sur les réseaux sociaux, confrontant la version de la police à celle des manifestants.

Quelles leçons pouvons-nous tirer d’une des premières manifestations post-confinement ?

Tout d’abord que la police joue parfaitement son rôle de déclencheur-catalyseur de violences. Légitimée par son statut, la police se donne le droit de créer de la tension, d’intervenir par la répression et d’agir de telle sorte qu’elle va à l’encontre des mesures sanitaires (arrachage de masques de manifestants ; regroupement des manifestant en nasse générant une proximité inutile). En somme, la police crée les conditions même de son existence dans un cycle de tension-violence-répression auquel elle participe activement. À nouveau, la police nous démontre que son intérêt ne réside pas dans la défense du peuple mais dans le maintien d’un ordre tel qu’il est définit par l’État oppresseur. Accessoirement, devons-nous nous inquiéter du fait que les manifestants de la gauche radicale soient ostentatoirement pris pour cible lors du déploiement policier ? Et si cette confrontation avait dégénéré, n’aurait-ce pas été cette même gauche radicale qui aurait été tenue responsable des heurts ? Il n’y a qu’un pas à franchir pour penser qu’il s’agit là d’une stratégie délibérée de la police afin de diaboliser les mouvements libertaires.

La seconde leçon réside dans le pouvoir des réseaux sociaux et l’usage des images privées qui y sont relayées. C’est en effet la force des témoignages et des images prises par les manifestants qui a permis de mettre à jour le comportement provocateur et violent de la police, ainsi que les révélations de dérives telles que la présence d’un civil en train de gazer un manifestant en présence du commissaire Vandersmissen. Plus généralement, les photos ou vidéos prises individuellement grâce à l’usage des smartphones et diffusées récemment constituent autant de preuves du comportement raciste, sexiste et arbitraire d’une police qui se sent légitime d’utiliser la violence de façon unilatérale. Rappelons également que ce sont d’autres images qui sont à l’origine de l’affaire Chovanec, mettant crûment à jour la mise en scène d’un salut nazi pendant qu’un homme est en train de mourir, le tout réalisé par la police aéroportuaire de Charleroi. Si chacun de ces actes, une fois révélé au grand jour, est condamné par les autorités policières et politiques, qualifiés d’actes isolés et impardonnables, il reste néanmoins bon nombre de situations laissées à la lueur des réseaux sociaux, sans condamnation aucune et qui démontrent la propension évidente de la police à l’usage de la force, de la violence verbale et physique, du profilage ethnique ou politique, d’intimidations et de provocations, etc. Afin de poursuivre dans cette prise de conscience massive que la police n’est que le bras armé d’un État oppresseur, nous ne pouvons qu’encourager ces initiatives individuelles de prendre en image la police en flagrant délit de répression. Nous en avons le droit, jouissons-en !

La leçon la plus importante reste avant tout la mobilisation qu’a pu mettre en œuvre le collectif « La santé en lutte ». Nous étions en droit d’espérer un soutien massif de la population suite à la mise en évidence par les médias des conditions de travail dans les hôpitaux durant la période de confinement. Si quelques milliers de manifestants semblent peu face à l’importance des enjeux, le collectif préfère tirer un bilan positif de cette manifestation [note] et encourage à rejoindre les actions à venir afin de faire entendre leurs revendications [note] . Cela peut être notamment en participant à leur prochaine assemblée générale du 15 octobre à Bruxelles [note] . Quant au collectif, créé au printemps 2019, nous nous réjouissons qu’il soit le résultat du rassemblement des travailleuses et des travailleurs de la santé, qu’il revendique une autonomie et un mode d’organisation en assemblée et qu’il décide de l’agenda de ses actions sans se soucier de l’aval des syndicats et des partis politiques. Parce qu’il défend des soins de santé humains et solidaires, tout en dénonçant la logique comptable et marchande qu’imprime le Capital dans les structures de soin, le groupe Ici et Maintenant soutient le collectif et les actions de « La santé en lutte ».

Groupe Ici & maintenant de la Fédération anarchiste

Rappel des liens : Bilan de la manifestation. Revendications du collectif La Santé en lutte. Assemblée générale du collectif.
PAR : Groupe Ici et Maintenant de la FA
Belgique
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1

le 7 octobre 2020 22:15:34 par Luisa

Merci ! En Belgique et partout ailleurs, tout reste à faire et la tâche est immense .... !